Au cœur du dossier d\’enquête publique se trouve un volet décisif : l\’évaluation de l\’impact du projet sur les eaux souterraines. Tout le périmètre prévu pour l\’exploitation est en effet classé en secteur Au de protection des eaux, ce qui impose les exigences les plus strictes du droit fédéral en matière de protection de la ressource.
Notre lecture attentive du rapport d\’impact (1257-RI-02, 629 pages) révèle des lacunes méthodologiques sérieuses qui, à notre sens, devraient à elles seules justifier le retrait du projet pour études complémentaires.
Un premier modèle reconnu « non réaliste » par ses auteurs
À la page 38 du rapport, on peut lire que le premier modèle hydrogéologique élaboré pour évaluer l\’impact du projet a été qualifié, par les auteurs eux-mêmes, de « non réaliste ». Un second modèle a été élaboré pour le remplacer. Mais le simple fait que le premier modèle ait pu être présenté en l\’état témoigne de la difficulté à modéliser la dynamique des eaux souterraines sur ce site.
Des chroniques de mesures trop courtes pour la statistique
Pour évaluer le risque d\’inondation et déterminer les niveaux de hautes eaux dits « décennaux » (qui ne sont dépassés statistiquement qu\’une fois tous les 10 ans), la méthodologie standard exige des chroniques de mesures piézométriques d\’au moins 10 ans. C\’est ce que recommande la méthode statistique de Gumbel, utilisée internationalement pour ce type de calcul.
Or, les piézomètres Ch211 à Ch214 — ceux qui sont les plus directement représentatifs du site — ne disposent que de 3,3 ans de données (page 40 du rapport). Le rapport reconnaît d\’ailleurs que cette durée est « non statistiquement représentative ».
Sur quoi se basent alors les évaluations de risque ? Sur des chroniques de piézomètres situés ailleurs dans la plaine de la Venoge, dont la pertinence pour le site précis des « Bulles » n\’est pas démontrée.
Pourquoi cela compte concrètement
L\’exploitation prévoit d\’excaver jusqu\’à 1 mètre au-dessus du toit de la nappe phréatique. Si l\’estimation du niveau des hautes eaux est trop basse, l\’exploitation peut atteindre directement la nappe pendant les périodes de hauts niveaux — ce qui ouvrirait une voie de pollution directe pour les sources captées en aval (Reverole, Vuarenchet, Prévondavaux), alimentant les réservoirs communaux.
Le risque est d\’autant plus élevé que le changement climatique modifie l\’amplitude des variations de niveau, et que les chroniques courtes ne permettent pas d\’intégrer ces évolutions.
Notre demande
Nous demandons l\’instauration d\’une chronique piézométrique d\’au moins 10 ans sur des piézomètres représentatifs du site avant toute autorisation d\’exploitation. À défaut, qu\’une marge de sécurité conservative soit appliquée, prenant en compte le pire scénario plausible compte tenu des incertitudes méthodologiques.
Cet article fait partie d\’une série d\’analyses techniques détaillées du dossier d\’enquête publique. Prochain article à paraître : l\’analyse du défrichement et de la chênaie à charme.